Capteurs de grâcesCapteurs de grâces

Les capteurs de grâces

Projet d’oeuvres spirituelles d’installations en lien avec la retraite des scolastiques été 2013

 

Artiste: Ivon Bellavance s.j.

Oeuvres textiles, cordes et ficelles de différents types.

Inspiration générale:

 

Entrer en retraite, c’est se retirer; mais c’est aussi ouvrir tous ses sens, afin de capter le moindre signal de Dieu. Des filets, qui ont la forme de coupoles, représentations symboliques de cette posture de notre esprit qui cherche à se taire pour écouter ce que le divin veut nous murmurer. Inspirés des capteurs de rêves amérindiens, ils sont à la fois capteurs et attrapeurs de grâces. La grâce ainsi capturée devient disponible pour celui ou celle qui en a besoin. Ils sont quatre à être

disposés dans des endroits un peu caché, aux quatre coins de la propriété: un capteur de grâces rouge, un jaune, un blanc et un bleu, représentant les couleurs de la roue de médecine amérindienne. Disposés ainsi autour de cette maison de retraite jésuite, ils rappellent ce lien historique de respect mutuel qui unit les Jésuites du Canada et les Premières Nations. Disposés ainsi aux quatre points cardinaux, ils rappellent la valeur sacrée de ce lieu de prière.

 

Le capteur de grâces rouge

 

Ce capteur est disposé juste derrière la statue de saint Joseph, près de la rivière;

il est suspendu dans le creux que forme un vieux mur de pierre. Situé à l’extrémité Ouest de la propriété, le lieu est d’abord choisi à cause de la force tranquille que dégage le vieux mur de pierres et aussi à cause du lien avec saint Joseph et Jésus-Enfant. J’ai commencé ma retraite sur ce thème de Joseph, père, à l’image du Père céleste aimant et doux tenant une fleur. Cette image m’a donné beaucoup de joie parce que, étant moi-même enfant, mon père me promenait sur ses épaules et la fleur que Joseph tient me rappelle que j’ai toujours aimé les fleurs; tellement que lors de nos promenades, mon père me cueillait toujours une fleur d’hortensia (hydrangea) que je trouvais spectaculaire. Ce souvenir d’enfance fut comme une grâce, un clin d’oeil de la tendresse du Père céleste et au bonheur d’avoir toujours vivant ce père doux qui, autrefois me promenait sur ses épaules. Le rouge symbolise la généreuse vigueur du Père à donner la vie.

 

Le capteur de grâces jaune

 

Ce capteur est situé loin derrière la statue de la Vierge dans un petit coin de forêt en friche; ce lieu correspond environ au Sud de la propriété. Suspendu entre 6 arbres, ce capteur est très simple: tout juste trois cordes jaunes qui s’entrecroisent. C’est par accident que la forme est apparue évidente: le croisement des cordes forme un triangle, signature ancestrale du Dieu Trinité. Trouvant cette forme trop clichée et trop simple, je me suis mis à enrober cette forme qui est devenue invisible et surtout qui avait perdu son sens. Le surlendemain de sa réalisation, j’ai tout remis comme c’était au début, pour retrouver la pureté de la forme.

Ce capteur représente mon héritage religieux québécois pour lequel je garde toujours un goût amer comme la plupart des Québécois. Ce capteur de grâces est peut-être finalement un capteur de pardons et de résilience envers cet héritage. Le jaune symbolise une des couleurs du drapeau du Vatican; il représente aussi l’or que l’on attribut aux dieux dans l’histoire humaine.

 

Le capteur de grâces blanc

 

Ce capteur est situé à l’extrémité Est de la propriété non loin de la maison d’entrée, au fond d’un terrain de pelouse, derrière une ligne d’épinettes. Ces arbres cachent une autre ligne d’épinettes formant ainsi un corridor géant invisible si on ne traverse pas la première ligne d’arbres. C’est dans ce corridor que j’ai réalisé ce capteur de grâces, dessinant d’abord un rectangle en hauteur, prenant appui sur quatre arbres bien enlignés. Inspiré par la souplesse de la ficelle blanche, j’ai attaché 7 grandes loupes en dégradé à ce rectangle. L’effet donne l’impression d’une espèce de brancard ou une sorte de hamac. Un capteur de grâces de Dieu en forme de lit pour malade; serait-ce que Dieu peut être malade? Cela m’a ramené à mes cours de théologie où j’ai appris un Dieu qui souffre; surtout avec les écrits d’Etty Hilsoum.

Un capteur de grâces en forme de lit pour consoler et prendre soin de Dieu. Le blanc rassure et rappelle la pureté et le soin que l’on porte à une personne importante. Prendre soin de Dieu, n’est-ce pas la meilleure des grâces?

 

Le capteur de grâces bleu

 

Ce capteur est situé vers l’extrémité Nord de la propriété sous un groupe d’épinettes non loin de la Villa. Ce dernier capteur de grâces, je le voulais en forme d’averse de pluie à cause de l’aspect ondulant de la ficelle. Mais c’est par les mots et les gestes de mon accompagnateur que la forme m’est apparue évidente. En effet, dans une de nos rencontres, il me parlait par rapport à mes capteurs de grâces, si je ne pouvais pas en faire un en forme d’entonnoir parce que je disais que j’avais besoin de focus dans ma prière. Cela avait plein de sens. Je suis donc parti avec cette idée, mais en l’amalgamant à mon idée de pluie. Ce qui en résulte, c’est un filet en forme d’entonnoir qui prend appui très haut dans les branches et qui finit d’une façon très étroite d’où s’échappe par un trou, un torrent de grâces qui se répand sur la terre battue. Il donne l’impression par sa forme, d’être écrasé en son centre par la pesanteur de toutes ces grâces qui tombent de Dieu. C’est dire que lorsqu’on dirige correctement notre prière, la réponse est généreuse. Ce capteur de grâces clôt bien un cycle de retraite qui, telle une quête, finit par une récolte abondante.

Ce qui n’est peut-être pas toujours le cas, mais j’espère que ces capteurs de grâces inspireront un peu de futurs retraitants.

 

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